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EXTRAIT journal de bord : PQF? tome 8

 

18 décembre 2010 :

 

Je reproduis mes « Apnées de poissons en milieu pictural » pour bloguer tout ça, comme ça se fait. 

 

Temps froid et gris, le journal de Vincent V.G. me tourne manège dans la tête. Depuis longtemps, je ressens la violence de sa solitude, comme familière. Je voyage dans ses mots, sa vie, comme dans mes mots, ma vie. Je le vois presque net, cet été 1990. Presque, je ressens la chaleur. Une lumière saturée fige tout. Il respire en apnée ? Ecrasé par le soleil, par un poids d’être. Il se croit un poids pour son frère, juste papa, qui doit dorénavant compter les sous. Vincent sait que tous ses tableaux et son idée de la peinture, encombre Théo, s’entasse sous les lits, un cagibis ? Une cave ? Vincent envahit malgré lui. Il ne peut pas ne pas peindre. Il ne sait pas vivre autrement. Une idée de son travail monstre qui l’enflamme et le consume. Une idée ignorée, ou pire que ça… Ses toiles mangent l’espace, l’argent, le temps, du frère qu’il aime. Il sait que personne ne veut de sa peinture. Il sait les efforts financiers et autres de Théo pour qu’il puisse continuer à peindre, à vivre son idée. Il devine peut-être que Théo ne partage pas son idée, qu'il ne comprend pas, qu'il subit. Tout entier, Vincent vit sa peinture. Il est cette peinture incarnée, mentale. Il doit disparaître avec elle. Elle disparaît déjà. Une apnée... Magnifique, magique. Mais il manque d'air.

Amsterdam, musée pour Vincent V.G., je me revois après cette nuit blanche, devant ses trois tableaux 100X50. La fatigue, ma vie qui part en couille, les mots de Vincent qui refont surface, je ne peux arrêter mes larmes. Je morfle. Je sniffe. Je dois avoir l’air très con, très perdu. Très touriste mal au point ? Je suis très seul. Ou un peu moins, puisque Vincent ne me quitte plus… depuis ce jour, avec ses mots.

 

Apnées : je commence à réfléchir sur les copies de copies à mélanger avec des traces de peinture (mes estompes papier que je recycle), mélange de supports que la colle de peau essaye de tenir ensemble. Toile, carton, papier journal, bois, photocopies, argile. Une peau, sensible. Je réfléchis en peinture. Je réfléchis, reproduis, calque sur calque, mots après mots, le processus de création. Comme Pierrick Sorin peut mettre en pièce (de théâtre) son propre processus. Je compose tandis que je décompose. Au fur et mesure que je « fais », j’invente ou découvre ma syntaxe, mon  vocabulaire, ce que j’exprime. Je produis mon inconnu, mon paysage imaginaire, autant que je m’y perds, que j’avance là-dedans avec toute ma curiosité de tout. L’idée d’apnée colle de mieux en mieux à ce que mon esprit mes mains et mes yeux mettent en place. Presque un mot ou une idée de hasard ? Une évidence en suit une autre. Je m’étonne encore de ça comme ça ? Tant mieux ! 

 

Ma vie, un mélange de supports, de textures, où tout colle avec le temps, avec des mémoires et des traces, une conscience en devenir, un travail en-cours. Il faut que je trouve assez d'air pour finir tout ça, là-dessous.

Tag(s) : #Art actu
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