L’art peut-il se passer de règles ?
C’est quoi l’art, d’abord ? Qui peut reconnaître mieux qu’un autre ce qui est art, ou pas ? De quoi il se « fait », avec règles ou pas ? Au point de coller une valeur, mesurer la chose d’art ? Dire le génie, le talent, l’originalité, la qualité ? Qui pense juste entre ceux qui voient partout de l’art, et ceux qui coincent, cadrent serré avec du gabarit en pagaille plein la tête ?
Chacun en va de sa petite idée, Kant, Hegel, Aristote, Deleuze, Onfray, à citer absolument dans un devoir de philo ? Valery, Artaud, Arasse, Jankélévitch, Duchamp, Kandinsky, des tas de penseurs aguerris ou artistes reconnus, chacun développe son idée, son concept, approche sa vérité. Cuisine entre l’art et lard.
L'art ?
Pourrait être de l’art ce qui s’oppose à la nature, ou la copie ? La transcende, ou s’assimile ? S’oppose à un possible super créateur, ou l’encense ? Joue habilement avec le hasard et le déterminé ? Habilité de compétition des mains avec pouces en pince, un lot de connaissance techniques, un savoir faire reproductible ? De la poudre aux yeux qui donne le vertige et l’illusion ? Se dit art, quand reconnu comme tel par la plupart, ou pas l’artiste qu’il soit auto-décidé ou plébiscité comme tel ? Reconnu par le pouvoir de l’argent, ou/et politique ? Ce qui est hors nécessités, à définir comme ce qui serait manger boire procréer, et pour bien se faire, savoir se protéger des intempéries de la vie sauvage, brutale, et de son prochain ? Bien que, cela devient compliqué quand le « superficiel » et le « nécessaire » se distinguent mal.
L’artiste ?
Un artisan, un chercheur qui trouve, voyageur des inconnus ? Cro-Magnon qui peint dans le noir encre d’une grotte ? Un art pariétal possible ? Un élu ? Un paria ? Qui fait ou ne fait pas de l’art ? Comment bien dire où se situe le cadre ? Quand justement le hors-cadre pourrait sembler l’endroit le plus approprié pour trouver l’art ? L’art et son artiste, un couple qui se conjugue à tous les temps de nos Histoires, et préhistoires ? Selon chaque zone géographique de ce globe, on ne parle pas le même art, mais des arts. Avec un dénominateur commun qui ne porte jamais les mêmes mots en façade. Un truc d’humain, plutôt sapiens. Une unité disparate. Un paradoxe mouvant. Une source de vie remuante… Art, notre expression de la vie, qui intègre son au-delà à jamais mystérieux ? Art, la vie sous imaginaire ? Sous intellect ?
Alors ?
Et l’un dans l’autre, j’ai beau lire en masse et en détail, sans tout comprendre, j’en arrive à devoir construire ma propre idée de l’art, et de ce qui pourrait être des règles s’y référant. Petit à petit, lentement, parce que je pratique ou que je fréquente assidument ce qui pourrait être l’art, depuis que je commence à mémoriser, penser, m’émouvoir. Je fais, et je ressens. Je regarde, j’apprends, je découvre en continu et en mode expansion. Je vis à travers ce que je crée, et ce qui se crée autour de moi. Je m’établis une échelle du beau, et du laid, une échelle ambivalente, générale, qui s’applique à tous les domaines de la vie, dont l’art. Je reconnais par bribes ce qui me touche, s’empreinte sur moi, trace mon dessein de vie. Et je sais, de mieux en mieux, que vivre autrement m’est maintenant impossible. Vivre sans art, comme je me le suis défini, avec des mots mouvants et émouvants, peux pas, peux plus... J'en creverais, sûr.
Mon avis ?
Pas de doute, me voilà à dada et à cru sur une définition de l’art très intime, que je règle selon mes bons soins. Et là-dedans, le « Je » me semble la source, la clé, l’alpha de ce qui peut être art. Quand l’individu existe, quand l’être crée son univers à soi. Inspiré, copié, fait de bric et de broc, presque « original », quand cela commence à exister, à prendre corps. Et quand l’individu se détache de sa création. Qu’elle vit, presque, sans lui, sans elle, douée d’énergie propre.
Chaque individu possèderait son univers. Et à ce régime, le potentiel d’art préexisterait dans chaque mélange d’ADN, invariablement unique. La démarche « artistique » réside dans le fait de rendre matériel, exprimer cette chose en soi, la rendre perceptible, que les sens de l’autre s’attardent et s’abreuvent de ce qui est et, qui n’était pas.
D’où, pas de doute, la nécessité de la valeur de cette chose ? Hors considération de marché qui a son propre système « d’évaluation » ou, d’institutions qui obéissent aux règles du politique, cette valeur n’apparaîtrait que dans l’intérêt, l’envie, la curiosité, la fascination, le malaise, le bien-être, la surprise, le plaisir, l’émotion, l’amour, ou rien de tout ça qui serait l’indifférence, qu’elle suscite chez l’autre. Qu’importe l’autre, le nombre des autres, parfois un seul, une seule, avec son regard, son ressenti, un échange, suffit à transformer ce qui est crée en art. Cela résonne ou pas. Déclic, fusion des éléments qui génère une énergie neuve, humaine. Besoin de l’autre, de son attention, d’une intention.
Blabla tout ça ?
Et la question posée ? Art, avec ou sans règles ? Les règles, le cadre, seul moi, seul chacun qui veut créer, peut les connaître, les définir ou pas, les inventer ou se servir, bricoler ou voler, s’en passer ou passer par là…Trouver la matière à modeler, tout est possible : solide liquide air lumière sons énergies pensées. Et les outils, les façons, les techniques, les références, les modèles, qu’importe tant que je m’y retrouve ou me trouve, m’assemble et me rassemble. Un travail d’une vie, au moins ça. Et je vois ça gros comme une baleine bleue au milieu de mon aquarium globulaire, un travail (mais quel pied de travail!) destiné à être inachevé .
Cheminement incertain pour peut-être un jour, savoir comment réussir à trouver son art. Un art d’être soi, entier, sans tricherie, sans déco. Dans les règles de l’art… Mes règles. Mon art.
...
A voir et revoir l’autoportrait de Picasso, un artiste. Le dernier (autoportrait). Comme un masque mortuaire, miroir. Brouillon de soi au trait de brute, d'un minotaure apprivoisé par la vie… Grimace à l’attention de son au-delà ? Méta-gag ? Ou/et La Peur ? De sa fin toute proche ? Ou de n’avoir peut-être, finalement, pas encore trouvé la quintessence de son art ? Et… oups ! Trop tard !
PQF ?
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