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vieil ourson (50 ans et quelque)
vieil ourson (50 ans et quelque)

vieil ourson (50 ans et quelque)

Voilà. Tout est là.

 

Sous un toit, percé, que le mérule menace. Un mur de pierres à moitié nu et le sol en ciment brut. Attention au sol, un clou qui dépasse. Tout mon travail, ma vie vraie toute déménagée sans les chiffres. Du bois ou lin et des couleurs, des lettres et octets, ou du papier noirci. Tout est là dans mon impasse, rassemblé. Comme moi. Tout est en vrac, en désordre limite chaos. Dans un cul-de-sac, où plus la place, le temps, l’envie, de faire encore, continuer ce chemin à la con tout défoncé. Tellement seul qui va vers nulle part. Sur ce fil en équilibre, prêt à basculer ou, peut-être pas. En équilibre précaire car tout détraqué dedans, yeux oreilles, toute la viande haché et le cœur en miettes. Possible que le champignon me gagne aussi. Pourrir avec tout ça, travail ignoré sous la crasse et la poussière d’une vie.

Sous le toit, moi.
Sous le toit, moi.

Assis au centre, je stationne devant trois tableaux de papa, extraits du tout : poissons qui nagent dans le vert (c’était son signe astro – couleurs bleu de Prusse avec jaune cadmium), des dadas (2das, ou quand traduit du russe : oui-oui héros éphémère de mon enfance) et un envol d’oiseaux bleus. Eau terre et air. Notre mer et mon apnée, une chevauchée éperdue pour ma perte (micro-apocalypse selon pQf), le ciel où notre regard se noie. Troublé à jamais.

 

 

Dans ces 3 tableaux, je traverse son temps. Celui d’avant moi (années 1960) jusqu’à, un peu avant qu’il disparaisse (avant 2000). Animaux qui nous rassemblent étrangement. Je ne détaille pas. Mais c’est troublant, fort, poétique. Quasiment pQf... BIG émotion à la clé, moi face aux trois seuls tableaux que j’ai pu récupérer de mon papa (justement ceux-là qui nous disent tant lui comme moi, si bien et clairement).

 

Un échange par-delà le temps et nos vies. Échange de vive voix à cœurs ouverts que nous avons loupé et que je m’invente. Que je m’approprie aujourd’hui. Seul avec mes tableaux, écritures, créations et fantômes.

Sous le toit, moi.

Je me souviens seulement quand il me demande de quelle couleur est le ciel.

 

Nous sommes tous les deux en vadrouille sur les routes de France, entre mâles (moi d’environ 11 ans). Nous écumons les routes du sud en quête d’acheteurs pour ses créations mobilières. De « quel bleu ? » veut dire pour nous deux, de quel pigment : Prusse cobalt manganèse ceruleum turquoise outremer etc. Il ne me donne pas la solution. C'est une question ouverte sans serrure ni clé. Une question pour voyager... pour explorer.

 

Depuis que je peins, moi aussi, je me questionne toujours sur le pigment - non pas le plus ressemblant car je sais que pas un regard ne ressemble à l’autre, chacun avec ses nuances de perception - qui touche à une réalité, le ton le plus juste qui me relie le mieux à ce qui m’entoure, à ce que je vis.

 

Seul m'importe et parfois me préoccupe, de Créer avec le flux de la vie, de sa création perpétuelle et m’y associer sans rien troubler. De moi et du tout. Moi dans ce tout, où je vais disparaître. L’individu n’existe pas, qu’une parenthèse ou un épice de cuisine dans un processus d’invention infinie.

Envol d'oiseaux bleus (manganese) - Hugues POIGNANT ) avant 2000

Envol d'oiseaux bleus (manganese) - Hugues POIGNANT ) avant 2000

Je peins, je crée, je bidule toujours avec cela en tête, au corps. Qui voyage dans mon sang, mon oxygène. Être le plus juste, raccord, relié à ce qui est… pour accompagner le mouvement, son chahut et sa fluidité. Dans le sens du fil et de la vibration, moi accordé à la vie. Une onde.

 

De cette justesse dans le son et l’onde, humaine et donc maladroite, fébrile et orgueilleuse, incomplète et absolue, je discerne mieux ce qui m’est intime et, profondément universel.

 

Avec toute ma passion et ma déraison qui me sortent immanquablement du cadre. Et m’interdisent la reconnaissance.

Sous le toit, moi.
Moi de papier déchiré au pied du chevalet, collé à la palette.

Moi de papier déchiré au pied du chevalet, collé à la palette.

Il y a presque tout moi dans ce lieu, sous le toit.

 

Là maintenant noyé dans cet instant sans fond, je suis moi, entier, UN et UNivers ou chaos, perdu. Perdu mais pas dispersé, déjà ça…

 

Il manque bien quelque mille et mille pages, mes mots. Pas moins ni plus ignorés. Souvent déjà perdus. Maintenant que j’ai beaucoup perdu, père mère sœur l’ami. L’enfance. Ourson borgne et dernier œil qui me lâche, du fil, sans plus la bouche pour dire ni l’oreille pour la stéréo. Perdu envie et économies, appétit à créer et donc à vivre. Vivre sans créer, sans coller au courant de la vie. Vivre débranché, de ça, de moi. Mes forces d’être… j’attends.

 

Une fin ou une surprise. Bonne ou mauvaise. Je suis tellement fatigué. Non pas de la vie qui toujours et à jamais me passionne, mais de moi et de mon gâchis. Tellement déchiré (haché et en miette, menacé par une moisissure, à Erquy comme à Paris. Signe ?). Tellement flou. Flou. À peine dessiné, qui aura perdu son trait dans le tumulte. Ma propre reconnaissance à défaut d’une autre. Au pied du chevalet et de 3 tableaux qui me relient au disparu, au papa.

 

Collé à notre palette. Au ciel et son pigment, cobalt, d’un bleu profond. Inscrit dans notre démesure. Voire folie…   

Sous le toit, moi.
Sous le toit, moi.
Sous le toit, moi.
Sous le toit, moi.
Sous le toit, moi.
Tag(s) : #Egarements sous contrôle

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