Le titre : « oui, j’ai bien dormi »
Quoi ça ?
Déjà un tas de matière que je dois modeler plus avant, finir, recommencer, inventer plus loin. Un récit d’aventures et de pas-du-tout-ça, entre rêve et cauchemar et réalité et visions. Tout à la fois fiction et récit, à dormir debout… Un truc tout simple et objet sans fond qui part dans tous les sens ? Un Giga-délire-univers et moi très loin à l’intérieur qui essaye de s’en défaire, faille temporelle, juste assez pour faire surface et prendre contact, partager avec l’autre, les autres, un max d’autres.
Prenons rendez-vous ?
Vous ne serez pas forcément dispo, mais moi oui… Je ferai tout pour… (ah oui, on me souffle, une sirène qui me détourne facile, de ma navigation : sauf la dernière semaine d’août - n°35 / 2010 - où je serai sous l’eau en bordure d’Afrique…)
Une fois la semaine (vendredi ?), je vous demanderai commentaires avis onomatopées encouragements banderoles critiques (que les constructives) et une publicité mitraillée auprès du « max d’autres » (les précités). LARGE publicité. Des mini-missiles de confiance pour exploser mes réticences à m’exposer ? Mon tort, ou pas ? Je vous laisse décider…
D’avance, je vous en remercie. D’ordinaire, je n’inspire pas les foules, très très loin de là, mais qui sait, avec votre soutien, de l’aide, un début d’affection pour mon travail de dingue ? Quelque intérêt-curiosité ?
Chacun pourra donc se multi-lire, s’inspirer via les commentaires possibles de chacun ? ET, peut-être ou pas, vous influerez sur cette écriture en fièvre que j’ai souvent, et me faire descendre/monter retenir-pousser ma température de feu ? Ma tension bordabisse ( bord-d’abysse) ? Influer sur la direction de l’histoire, du voyage, créer des étapes, ajouter des personnages ? Des rencontres en sup pendant la dérive du personnage ? Des péripéties ? Des précisions techniques ? Des parenthèses ? Bien que, toujours, je resterai seul maître à bord, chef d’orchestre et dictateur-amoureux de mes mots…
Une Odyssée avec mon Ulysse perso, bricolé de cap en pied et pas héros sans être zéro, Qui à ce jour, non baptisé, non reconnu, ne porte aucun nom-prénom-pseudo… Comme anonyme, transparent, pure énergie du verbe. Mais, l’histoire ne fait que commencer, ainsi :
To see a world in a grain of sand
And a heaven in a wild flower
Hold infinity in the palm of your hand
And Eternity in an hour
William Blake (1757-1807)
1
Mardi matin
« J'aime ta couleur café
Tes cheveux café
Ta gorge café »
Le réveil sonne comme ça quand déjà le café coule dans ma tasse, dans la cuisine.
- Tu as bien dormi ?
- Oui… Et toi ?
- Non !…Je…
Et après, je ne l’écoute plus. Elle regarde fixement le plafond. Elle détaille les stucs faits maison. Encore frais du mois dernier. Je produis des mètres de stucs à la journée. Des guirlandes de monstres hilares qui fêtent les lieux que j’habite. La couette fourrée au duvet de pétrole, bleu mer de Chine, remontée jusqu’au menton, ses cheveux épars sur l‘oreiller comme un soleil noir, elle doit raconter son rêve qui tourne mal. Elle rêve beaucoup.
De mon coté, gauche, je repense à ma nuit, encore émerveillé. Une nuit sans interruption, toute de sommeil avec sans doute, des épisodes à rêves que je suppose colorés avec péripéties et rebondissement dans tous les sens. Des rêves que d’ordinaire je tranche à la tronçonneuse, que je hache à la machette. Un ordinaire où mes rêves se poussaient au cul l’un l’autre et crevaient la surface, pour flotter, ballotter sur ma conscience au rythme de mes réveils perturbateurs et brusques. Il faut bien lire « Se poussaient », un imparfait qui aujourd’hui me va parfaitement.
Ainsi, dans le temps imparfait de mon existence d’avant, évacués de ma subconscience par massacre de mon sommeil, armé d’un protocole arbitraire et brut de pomme je visualisais leur empreinte sur ma mémoire. Assez net pour les esquisser sur un carnet orange, juste posé sur mon tabouret de chevet. Je devais juste m’ingénier à les jouer de vitesse. Comme une buée, l’image s’évapore vite. Mon cerveau, ses planques, son labyrinthe et ses pièges, contre mon trait qui tranche. D’ailleurs, ce matin, je devais pouvoir finir mon carnet n°44.
Mais, là réside mon émerveillement, aucune empreinte à mettre sous ma mine de plomb, 3B. Comme une surface lisse, belle et douce, sur laquelle je pose mon pied droit, avant de me lever. Je ne vacille pas. Je m’en épate tout seul avec une onomatopée non répertoriée. Je m’enthousiasme pour cette nouvelle sensation que je classe comme gabarit maousse.
Pour dire, hier matin encore, je ne décrochais pas du lit. Je sonnais occupé. Aucun bon branchement. Et au premier pas mal au point, je trébuchais pour finir à quatre pattes. Je flottais sur le fond, houleux, vaseux, dans l’attente de retrouver assez de force pour aller jusqu’à m’arrimer à la poignée de porte. Un essai, deux, parfois trois, après laquelle poignée, il suffit de se tenir aux murs pour atteindre sans trop d’encombre la salle de bain. J’évoque là hier matin, et tous mes matins qui précédaient aujourd’hui.
Parce que ce matin-ci, je sens que même une tempête ne pourrait pas me bouger tellement je tiens bien, debout, en pleine attraction terrestre. Je me demande même si la terre ne colle pas à mes pieds, plutôt que le contraire ? Je déborde d’énergie gravitationnelle. Et d’une énergie mystérieuse qui me tient tout dedans, dans un état de vie extra-ordinaire. Pourvu que la lune ne se détourne pas, ne me tombe pas dessus !? Je vois bien que cela dépasse l’entendement commun. Je sens filer entre ou buter contre mes particules, les vents de l’univers qui me traversent ou bousculent, filtrés, déviés, perturbés, en proie au chaos et, je ne penche même pas. La perpendiculaire idéale, étalon. Je sens les vitesses folles de la terre qui fait sa toupie et du système solaire qui manège sur le périphérique de la voie lactée. Je me régale avec l’embrun interstellaire, de la galaxie hôte qui accélère dans l’expansion générale des matières.
Et moi, dans tout ça, ce matin, incroyable, dingue, je ne ressens aucun gîte. Manque plus grand-chose pour que je m’enracine. Une racine en pleine quintessence. Folie douce ?
Je peux tourner la tête dans tous les sens. Regarder partout sans succomber au vertige. Aucun clou enfoncé dans le crâne qui, comme hier, avant-hier et souvent autrefois, fouille mon lobe préfrontal et mumuse avec mes nerfs. Même pas mal ! Pas mal quand je gesticule des yeux, du bassin, des jambes. Mal nulle part, pas la moindre douleur, ni gêne, que presque m’inquiète ? Un sentiment bizarre de maitrise de mon individu physique et psychique. Des heures de sommeil. Combien ? Peut-être jusqu’à sept heures ? Huit ? J’ose penser neuf, et je compte dans ma tête les heures de sommeil possibles de cette nuit. Neuf. Me voilà neuf. Mon œuf éclos d’un moi nouveau. Je ne me lasse pas de compter mes heures de sommeil. Et je ne vais pas me rendormir, aucun besoin de rabe, car je le sens profondément en moi combien, j’ai bien dormi.
Plus besoin d’un petit sup que je pourrais grappiller assis sur la cuvette des WC immanquablement dérangé par un bruit intime, ou, face à ma tasse de café noire, cogné par le soleil qui avec un rayon, ultra-violet ou gamma, me gratte les yeux, ou encore, dans le bus qui me conduit au labo, le nez écrasé contre la vitre, traumatisé par les arrêts fréquents et brusques sur cette ligne citadine. Je pressens avec une relative jubilation que je vais tout voir, tout observer, tout vivre à chaque étape de cette matinée. Ne pas être perturbé par un petit rien qui ne fonctionne pas, le machin qui ne s’allume pas, tombe, casse, un bris de verre, de porcelaine, me coupe, me saigne, me pince, pas même par un blabla mal assorti.
- Tu m’écoutes ?
- Non.
- Quoi ?
Et tandis qu’elle reprend son souffle, écarquille ses yeux noirs qui me semblent de mal en pis magnifiques, qui encore m’hypnotisent, je quitte la chambre avec un grand sourire comme collé sur ma face. Je ne l’entends pas reprendre sa conversation, un poil énervée, avec je suppose quelques mots de malotrue, car j’ai filé doux vers la salle de bain pour pouvoir contempler mon sourire. Diable de sourire… Epatant sourire qui laissent béats Gable, Grant, Clooney, Duris, Bourvil, Arsène.
Envie de voir ça, comme au spectacle. Terriblement curieux de cette grimace toute neuve, bien fraiche. Jamais, ou je ne m’en souviens plus ? Peut-être enfant ? Ou à de tellement rares occasions, après des jolies nuits, blanches. Jamais je n’ai pu profiter d’un pareil reflet, au lever, dans ce miroir. Je me brosse les dents avec une satisfaction étrange, qui ne veut rien dire, qui me tombe à l’esprit comme l’œuf d’une poule. Je n’analyse pas encore. Pourtant, comme Colomb, j’ai bien ma petite idée…
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