Artiste ?
Longtemps que je me pose cette question de l’art, et de l’artiste. C’est quoi comment pourquoi qui ? Né le nez dedans ? Toute ma vie jusqu’à aujourd’hui, dans un mouvement, un souffle, qui porte ça et m’emporte souvent très loin de la mesure, des cadres et des cases. Et m’égare grave.
Depuis que je m’éloigne de ce que je croyais ma nature même, que respirer et créer n’allait pas séparément, pour moi, et que pourtant, je vis sans. Mal, mais « sans ». Je vois de loin, de plus en plus loin, ce que j’ai construit avec mon être. Et sans doute raté. Je pense à mon père, à J et à C, les deux extrêmes d’un schéma, et de clichés. Surtout deux compagnons « d’Art ». Je pense aussi à T, sa vie, ses souffrances et comment il surnage avec son art. Et puis à moi et cette pièce de théâtre de Pierrick Sorin, de ce qu’elle dit si bien de ce que je crois être un « artiste », son quotidien, comment tout bouge dans sa tête. Qui avec sa vie, toute sa vie qui se compose d’un corps et d’un esprit en interaction avec tout ce qui vit autour de lui, du monde perceptible et un peu plus que ça, inné instinct vécu, matière et temps, crée, mélange, malaxe, modèle, casse et recompose, dans tous les sens, tous ses sens, un être ou une chose, une trace ou une pensée pas forcément novatrice, surtout sincère, juste, entière avec fissures et blessures incluses, ses accidents heureux et malheureux, sa vérité propre. Un mouvement incessant, qui ne fixe rien qu’un flou de bougé.
Non, l’artiste n’est pas à mes yeux celui qui vend et qui a la reconnaissance des collectionneurs, d’un public, de ses paires. J, C et T, sont des « artistes ». Différents. J ose, fouille profond-tréfond, et ne ressent plus la peur car voyage depuis toujours avec elle, l’a adopté, la crie, la danse, la transforme, l’alchimie, la vie et la mort, sous une couche de cire, des couches épaisses d’ombre et de lumière, quand C n’ose pas. C se freine, dans cette attente continuelle d’une reconnaissance à renouveler. L’aval, la médaille. Il croit à l’harmonie et au beau jusqu’à se mentir et tricher « en toute sincérité » comme ceux qui croient en un dieu, une vie éternelle. Mais C se bat contre ce qu’il perçoit de sa cage et, de cette faille, infime et intime, nait son « art ». Qu’il faut lire-voir entre les lignes de sa palette. T hésite encore, entre les 2. Son corps en souffrance le pousse au cri, quand on lui conseille la discrétion ou, lui propose le silence médiocre. Je pense à Ben, Rembrandt, Vincent. Ben pour le choix du chaos qui lui va si bien (voir son site, la trace de son ancienne boutique). A une épure (= son bordel) toute intime et particulière, qui surnage dans son choix de la confusion, verbeuse. Bousculé ébranlé chahuté comme tout l’art occidental et son marché, depuis Duchamp, il reproduit à l’infini un doute universel, qu’il transforme en doute, intime, perso, d’artiste.
Quand tellement d’autres « artistes » ne font que recopier un saut dans le vide. Une chute qui ne finit pas, depuis Duchamp. Comme d’autres avant cherchaient à copier la Nature au plus juste (ou travail d’un Dieu – très « humain » et mâle - selon la plupart seul "artiste"-créateur).
Sur mon site 1erje relis « ce que j’aime » (http://www.lagaleriepqf.fr/cequejaime.html) et me reconnais à peine. Je relie Marc (quel talent !) qui me lisait avec tant de bienveillance et de passion, et je ne me reconnais presque plus (fou comme notre conversation épistolaire sans fin me manque, aussi) et puis, c’est dimanche, internet gratuit, je me perds dans quelques vieux articles blog (233 articles sur blog "pQf" et 32 sur le tout neuf "peinture") de mon cru que j’avale tout cru, et je ne me reconnais plus du tout.
Dimanche,
et méchant coup de bleu ?
avec nez de clown, rouge ?
Je vis de plus en plus « sans » avec des proches, des « collègues », qui me connaissent « sans ». Faute d’outil pour voir, ressentir, comprendre. Dans cet autre monde, je suis l’étranger, idiot et transparent. Et qui même peut parfois faire peur. Personne ne me reconduira à ma frontière, je suis « sans ». Sans papier où je voyageais, jamais de frontières, de drapeau, de compétition. Un monde sans voiture ni football ni dieu, ce que trop peu de personnes peuvent encore imaginer aujourd’hui. A chaque fois que j’essaye de revenir « chez moi », redevenir moi, c’est de plus en plus court et difficile. J’appréhende un peu plus chaque fois. Artiste ? Je perds la trace, et le flou originel. S‘effrite la foi. J’ai perdu d’abord la confiance, puis le corps et l’espace, l’esprit après, le temps maintenant. Derrière le flou, une image nette, immobile, morte.
Alors sans doute, que,
La vie ... est création, artiste et art. Rien d'autre que la vie.
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