http://www.edilivre.com/doc/16701/Simili-Papa/tHierry
Ci-dessous : extraits d'une fiche de lecture CDL .
Tentative ultime ?
De capter quelque curiosité à l'égard de ce manuscrit.
"Monsieur, cher auteur,
C’est avec grand intérêt que j’ai lu (et relu) votre récit.
Vous nous proposez là un récit sensible et émouvant tant par le sujet que par la délicatesse avec laquelle vous l’abordez.
Narrer le chagrin d’un décès est un exercice bien périlleux, mais pudeur, humour et dérision évitent bien des ornières et vous vous en sortez magistralement.
Voilà un style.
Le sujet :
Le sujet — l’histoire d’une infinie tristesse — est exposé dès la première page en quelques lignes.
Dans un train, Achille, le narrateur, se dirige vers la Bretagne afin de disperser dans la mer, selon la volonté du défunt, les cendres de son ami Jean, mort (du sida). Il est accompagné de Matthieu, l’enfant d’une amie, gamin d’une dizaine d’années, qu’il doit remettre à sa mère à l’arrivée.
Le style, la langue, la forme :
Au premier abord, votre texte se révèle déconcertant, décapant, volontiers provocateur. Vous l’avez souhaité ainsi et c’est très réussi car il « colle » pleinement à la personnalité de votre « simili-narrateur ».
P 16 : J’ai trouvé ma voie en « gagnant » ma vie avec du déraillement à répétition, ou comment saboter gentiment le rail de la normalité.
Votre mise en page insolite, très personnelle, que ce soit par la présentation globale de votre texte, sa typographie, les différentes polices utilisées, insérant systématiquement des majuscules dans les prénoms (JeAn), les incrustations… « oulipiennes », tout est fait pour nous déstabiliser. Ensuite, par la manière si peu conventionnelle dont vous jetez les mots sur le papier — cette scansion déstructurée — tout cela nous ravit.
Il faut accepter souvent de ne pas comprendre pendant plusieurs lignes pour que, enfin, vous nous donniez la clé — quand vous nous la donnez.
Impressions personnelles
Votre récit est étayé sur les souvenirs, forme de rémanence du disparu. Le chagrin est là, lui, permanent, lové dans les mots, aux aguets… Jean est à toutes les pages.
Je qualifierais volontiers ce parcours de lecture de safrané tant il est coloré et souvent douloureusement épicé.
Coloré
En effet, le fil rouge de la narration est orange, chez vous, couleur sous nos contrées de l’intranquillité (néologisme que vous ne renierez pas) et sous d’autres, plus orientales, de la sérénité. Paradigme du contraste : Occident / Orient, sagesse/démence, salut/danger, chagrin/rire, avertissement/risque. Seule, la détermination farouche de l’accomplissement de la promesse sert de contrepoint à ces déclinaisons ambigües.
En effet, la couleur primordiale du roman — évoquée au tout début par un banal T-shirt orange — se précise dès la P 7 :
Tout baigne dans une lumière orange qui tombe de cette direction. Avant ce train, orange, je voyageais ailleurs.
Votre manière d’écrire est picturale : papiers collés de vie et de mort, morceaux de mémoire récupérés, assemblages cocasses de situations bouleversées, souvent bouleversantes… On a l’impression, à vous lire, que l’on regarde un tableau contemporain où le pigment flirte avec un bout de ficelle, un collage de carton. La distorsion de l’écriture par la douleur est marouflée sur l’implacable réalité de la page.
Douloureusement épicé
Ce parfum d’épices prend sa source dans l’exaltation des senteurs : cette odeur âpre et coupable de la misère, de la crasse et de la maladie.
Infatigables globetrotteurs, les deux amis ont un parcours commun de plusieurs années, riche en péripéties, la main toujours tendue vers une humanité souffrante (la mort banalisée sur les trottoirs de Calcutta).
Le combat contre la maladie est pudiquement abordé, derrière le rire et la dérision : le corps en détresse, ses sanies, ses douleurs, ses raccrocs, ses miasmes, ses métamorphoses, ses désespoirs … et son inéluctable corollaire, l’accélération du temps :
P 71 : Une prison de cachets, d’étapes, de blessures, de gâchis, espace qui se réduit d’année en année, jusqu’à tellement pressant, d’heure en heure, plus que seconde, grains de temps, de vie, qu’on voit à peine, devine, suppose, dans le sablier, glisser, jusqu’au dernier.
Mais, tous les sens sont aussi, tour à tour, évoqués :
P 54 : il fallait que j’aille voir sentir goûter entendre et ressentir.
Le goût :
P 54 : Je veux goûter à l’eau, des pieds, et puis des papilles juste du bout des doigts sur mes lèvres. Encore ce sel, le sel.
Les odeurs :
P 50 : Pendant mes périples sur ce globe, je ne dis pas que, pressé par les images odeurs sentiments, diverses violences à ressentir vite, bien, au rationnel, parce qu’elles vous tombent sur le nez sans prévenir, je n’ai pas fait comme si.
P 54 : Le vent, frais, me fait face. M’en ramène à ras les narines, les yeux, les oreilles.
Le toucher :
P 55 : Voir écouter sentir, et je touche caresse le sable, un galet.
L’ouïe : l’enregistrement des sons
La vue : couleur orange..."
Laissez-vous tenter par une lecture un poil différente de votre ordinaire ?
tHierry
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