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Mon Phénix.

 

 

 

 

Animal ou presque, quasiment oiseau, séquence mythologique qui dit la renaissance. Brûlé qui renait de ses cendres. Souvent représenté comme un Mytho à plumes sous les traits d’aigle ou autre oiseau monstre, dragon, baroque, agressif ou plus exactement en haut de l’échelle des prédateurs (comme l’homme).

 

 

 

 

 

 

 

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Pour mon « Phénix », le premier brouillon de mes réflexions me porte plutôt vers un fou.

 

Fou du roi, Fou de l’échiquier. Créateur-pion, pion de collège. Fou comme un oiseau, un Artaud. Fou qui vole et plonge, pêche et harponne comme nul autre emplumé. Pique une tête toutes voiles pliées pour percer le miroir d’eau et la surface des choses. Fou qui dit au roi la folie des hommes « raisonnables ».

 

D’abord, je pense au fou de Bassan que j’ai visité sur l’archipel des Sept-Iles en face de Ploumanach. Sur Rouzic, leur falaise de nidification. Impressionnante masse blanche (environ 17 000 couples + les célibataires) de fientes, ambiance très agitée, très sonore ... d’apparence très brouillonne.

 

Et puis d’ile en ile, d’un être à la dérive, je tombe par hasard, ou pas, sur les Galápagos et son fou à pied bleus.

 

Sa danse de séduction - que d’aucuns trouveront ridicule - me donne des frissons. « Regarde mes pieds, comme ils sont plus bleus que ceux de mon voisin » (dit-il à la promise qui brille de toutes ses plumes). Voilà le phénix que je veux dans ma tête, sur mon palette-radeau. Sur une toile qui baigne dans mes couleurs d’huile précieuses. Vrai, simple - ridicule pour qui ne voit pas - majestueux à mes yeux. Dans ce bleu du pied, une magie qui comme toute vraie magie, doit se cacher. Ailes pliées, cachées, en attente. L’attente du miroir, de l’eau, d’un plongeon, du poisson, du repas, d’une faim qu’on satisfait, d’un désir encore insatisfait.

 

 

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Juin 2017, Montrouge : Tout est là. Presque là. Une étape primordiale, la conception du bucher, du fond et fondation, avant le feu. Le phénix dans son œuf ? Idée larvaire d’un Phénix.   

 

Aujourd’hui, plus que les cendres. Me sens seul, me sens tellement plus rien. Je cherche une allumette, un silex. Ma tête de paille mouillée, trop de larmes. J’espère encore, vaguement. C’est flou. Même pas clair.

 

 

 

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Aout 2017 : renaitre à moi. Formule qu’on pourra trouver ridicule, absconde, emphatique, et que je trouve pourtant la plus juste. Dans ma tête, juste ça, du vide ou le feu qui a passé, les cendres, ou une trace, rien ou « presque rien » (en projet cet hivers de relire Janké, 35 après ma 1er lecture - pense que je comprendrai plus de mots et peut-être même, quelques phrases). Je range « l’atelier-labo-galerie pQf », j’aménage (juillet) et puis, je sors enfin les brosses pinceaux couteaux tubes fioles huiles papier toile bois etc. Démarrage compliqué. Chaotique. Je trébuche. Rien ne va. Je pourrai là, tout brûler moi avec, sur mon drakkar-radeau défait, démâté. Gris.  

 

35 ans que je me pourris la vie avec un métier que j’abomine, et autant d’années (sinon plus) à me croire doué - et parfois même plus que ça selon mon état de délire, transcendance, ivresse diverses - pour un art, des arts, l’Art, l’expression poétique, folle, hors cadre, hors moi. C’est tragi-comique. Un méta-gag.

 

Maintenant, que j’ai tout brûlé dedans, abandonné par mon fan-club avec ma sœur partie, 2ki et d’autres, sous le souffle du chagrin pas mal d’illusion envolées, me voilà totalement seul. Seul avec tout ça, tas de débris et de cendres. Raté, tout est raté.

 

Plus qu’à faire ? … Sans plus rien attendre, ni de moi, ni des autres, ni même de la vie, plus qu’à écrire peindre, mettre en scène mes « têtes de rien » dans un scribouillage intime. Si j’ai le temps.

 

 

 

 

 

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Après le chaos, j’abandonne mon idée initiale de petits formats, et dans l’élan, d’expo-blog de rentrée pour désespérément essayer (encore) de vendre quelques travaux. Séduire d’autres fous bien fournis en plumes ? … Non, plus personne. Je reprends des toiles et bois, grands formats, 3 qui ne « fonctionnaient » pas, et je ponce, et je repeins dessus … je reviens à mes fantômes du tout début, les « bateaux papier plié », mon motif-paradigme, un lego de ma poésie pQf et en marge.

 

 

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(Quand ado je quitte la planète et ses ambitions dans ma fusée bricolée. Trop bricolée. Je cherche une lune qui ne triche pas, pour usage personnel. Mon engin finit en bateau de papier, plié.)

 

 

 

 

 

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Et puis sur une toile 1x1m, j’essaye un fou. Il me traine en tête depuis si longtemps. Une falaise blanche de fous.

 

L’oiseau, droit, debout, pieds palmés et bleus (signe de bonne santé aux yeux de la femelle, à mesurer selon l’intensité du bleu). Dans l’attente d’une danse de séduction ? Ou (comme moi) de rien ? Regard fixe, sombre, plein, un dinosaure d’oiseau, autre époque, bec de face (qui peut ainsi préjuger de son instrument de pêche long et effilé ?) au garde-à-vous et à-moi. Repu, ailes pliées (amplitude dissimulée), rangées, au milieu d’un feu de couleurs, techniques artifices, de final, variées et avariées, perso, mon ex-ordinaire ou pas. Des grisés et des glacis, estompes et quelques délicates associations. J’utilise par transparence l’ancien tableau, son fond, son relief, ses accidents. Toujours en équilibre sur mon idée de trace, et d’empreinte, de mémoire et de renouveau.

 

 

 

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Après la visite d’une expo très amateur, le 17, dans une chapelle de St-Alban, réflexion perso sur l’Art : La technique - et ses effets - doivent servir l’expression et non l’inverse. Ou alors (voir certains membres du collectif support-surface), l’expression est la technique, et vice-versa. Quand la technique est la « démonstration » d’une pensée. Et nombre d’exemples de l’histoire de l’art (pictural et autres) montre ça. Monet, qui toute sa vie développe une nouvelle technique, un nouveau sens, et qui avec les nymphéas (à voir jeu de paume mais aussi au Marmottant, ses grands formats) voit aboutir son travail, tout à la fin, hors technique, dans une expression totale de la lumière absorbée par sa Nature, une vision intime.

 

Qui débute peut s’épater d’un effet, et s’arrêter là. Mais seul le travail, le temps, la répétitions et l’audace qui s’obstine, peut permettre de s’affranchir d’un effet et aller plus loin, vers une expression authentique. Je ne crois pas au « génie » immédiat. Je vois des facilités, des raccourcis, une perception intelligente des modes, un esprit de séduction. Et surtout, ingrédient essentiel, le marchand, l'homme ou femme de pouvoir, le collectionneur, qui achète ou finance, et décide de la "valeur" de l'artiste, 

 

Ce qui m’épate, moi-perso, dans un travail, chez un artiste, est quand sa technique s’efface, absorbée par une expression forte, sincère, originale, jusqu’à ses possibles fissures, aléas, maladresses. Plus qu’à voir, ressentir, sentir et parfois, s’approprier. Faire un travail, là aussi pour qui découvre, d’approche, de connaissance et d’audace.

 

 

 

 

 

 

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(La vie sur la vie, la lumière - temps-matière - se balade dans son labyrinthe favori. L’individu disparait, pas la vie, un mouvement, qui reconditionne tout et rien. En création permanente, avec ses ratés, ses crises de chaos, et sa magie. Des éblouissantes trouvailles. La mort n’existe pas (l’individu, épisode génétique perdu dans une continuité créative. « Moi » est une illusion qui dure une vie) et n’est à fortiori pas un mystère, seul le mystère infini de la vie existe, qui nous échappera à jamais … à explorer follement, par pure joie, pur désespoir. Etc … )

 

 

 

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Je peins donc, mon évidence de l’instant, un fou à pieds bleus.

 

Au début : tout est rapide, intense. J’écoute Mathieu Boogaerts, Cibelle, Bowie, Arvo Pärt, Fersen, Bashung. Puis, j’écoute en boucle, la nuit tombée, quand tout est rangé : « fleurette africaine » (Duke Eligton/Mingus/Roach), « white hair » de Cibelle (4 versions), Requiem de Fauré. Nuits de cogitations, où les doutes et trouvailles interchangeables, zébulonnent dans mon crâne. Et l’oiseau s’installe sur sa toile carrée. Fou-Phénix façon Félix, félicité, allure bonhomme qui cache ses pouvoirs.

 

La photo ne donne rien, c’est définitivement de la peinture. Je n’arrive pas à piéger ça dans le binaire-pixel. M’en agace, fébrile, je capitule. Qui veut voir, doit se déplacer. Je dois accepter l’indifférence, la tenir comme ordinaire, me savoir déjà hors la vie sociale ou de meute. Peindre : mon choix, ma vie, définitivement. L’attrape-couillon de papa, avec moi dans le rôle du …

 

 

 

 

 

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(D’ailleurs :

Je peux revoir là, quand je peins, quand j’aime peindre, mon papa, penché sur sa toile, sur la table de la salle à manger, petit doigt dressé, le pinceau collé aux doigts par l’aspic ou le dammar, le lin et la téreb. Il réfléchit, la toile, lui, intensément. Il ne sera pas un nouveau Braque ou Poliakoff, De Stael ou Mondrian. Il ne sera même plus abstrait. Sa tête va exploser, ses mémoires se mélanger les pinceaux et le « motif » s’envolera sous ses yeux égarés. En guerre (Indochine, sur « son » Aromanche) et colères en pagaille… en larmes. Nous n’aurons pas échangé 4 mots sur notre Art, et me reste l’expression, seule, puissante, poétique … sur quelques toiles sauvées du naufrage. A chaque reprise, il m’accompagne un petit bout de chemin. Par curiosité, je pense. Et chaque fois, je voudrais l’entendre, 4 mots pas plus, me dire que … je ne sais pas quoi, mais à choisir, plutôt un truc sympa (même si je sais qu’il ne sait pas dire).

 

 

 

 

 

 

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Face au fou : je veux revoir toutes mes années, mes fièvres, mes joies et détresses, aussi peu que je pourrai exprimer ce magma d’être. Je veux ressentir toute mon espérance, fantôme. Sentir feu cette confiance qui me chauffait le cœur le ventre, et brûlait mes yeux. Tout cet être insubmersible dans toutes les tempêtes de ma vie. Confiance qui me fait aujourd’hui cruellement défaut, un manque qui me paralyse, me pousse aux actes manqués en pagaille. Juste d’un poil, d’une plume, je dois reconstituer ça. Si possible … Non, l’oiseau phénix et fou, des Galápagos et d’ailleurs, ne suffira pas. Cependant … il y participe un peu.

 

 

 

 

 

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15 aout : pas mal de sensations qui reviennent. Comme des gestes, des formules plus ou moins magiques, abracadabra et broc, ma toile et mon bois avec bateaux prennent couleurs textures et pensées, me voyagent enfin. Le Fou-Phénix ? Quelque chose … que je ne sais pas dire. Tant mieux ! Ne plus rien toucher ? Laisser sécher. Réfléchir. Songer. Laisser les lumières, l’une derrière l’autre, bouger ces peintures, jour, nuit, pénombre, ciel bleu, gris, spot de lumière blanche.

 

 

 

 

 

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Le 16, je finis le bois et la toile avec les bateaux. Sur la toile, je dérègle le gras sur maigre pour faire craquer, la terre (1er bande) et le ciel. Bateau sur terre, bateau échoué, bateau sur horizon. Tableau compliqué. Techniquement et dans mon attente. Le bois plus grand « me va ». Je n’irai sans doute pas plus loin. Je peux laisser mon esprit vagabonder devant ce bois, des heures, comme face à la mer. C’est bon signe, pour moi.

 

 

 

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Le 16, je finis le fou (le tête). Doucement, avec cette toile du fou, reprise difficile, si compliquée dans ma tête, je sens mieux et avec quelle intensité, la solitude de l’oiseau, du fou, me touche, miroir. Enfermé dans son carré, collé à la toile. Solitude incurable. De la savoir, la voir, m’apaise. Je ne veux plus rien soigner. Seul dans sa peinture, qui ne regarde plus rien dans son cadre, regard intérieur, fou à pieds bleus et perdu. Perdu dans son « paysage de peinture », de poésie animale, instinctive, fantôme, pleine de mémoire, et … de traces. Je m’attendrais presque à le voir lever une patte, puis l’autre, pour me séduire, moi, son pas-modeste créateur, calciné. Oiseau ou peintre, 2 dinosaures, d’un Art disparu comme elle ou lui de l’histoire de ma vie, disparus trop tôt. Oiseau ou peintre, fou ou pion, cloué sur une fenêtre que plus personne ne sait ouvrir.

 

Ou lui, solidaire, de l’autre côté du miroir qui me « re-naît » ? Lui, moi ? Poil au nez !

 

 

 

Mon Phénix.

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