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Moi, quelque part dans le temps et un espace, disparus tous 3.

Moi, quelque part dans le temps et un espace, disparus tous 3.

Texte qui panse (en cas d’urgence)

 

Ma journée du 2 juillet 2014, un mercredi, lendemain de la Saint Thierry : pas réveillé et encore dans mon sas de schizo non diagnostiqué, qui me sépare de mes 2 vies avec 2 têtes. Ou encore, une vie étriquée toute serrée compressée -   modus operandi signé César - dans son os de bicéphale. Trop flou pour être repéré, fiché.

 

Je me situe dans l'entre-deux, branché sur mon ralenti : vaguement dans l’imaginaire, libre, et bientôt comptable, derrière mes grilles de chiffres. Je me dirige vers mon école où je compte et range les sous et octets depuis janvier 2014. Aujourd'hui, pas d’école pour les enfants, seulement du bureau pour les adultes. 

texte qui panse.

J’arrive au parc Brassens. La grille est ouverte. Normalement, l’horaire officiel, c’est 8h, mais il peut arriver que le municipal de faction ouvre avant. Les corbeaux sont là. Détendus. Je regarde le ciel, vide, bleu, et pas un nuage qui s'accroche car aucune aspérité. Net. 

 

Comme à mon ordinaire, je prends du temps pour observer les corbeaux, qui m’observent en retour. Pas farouches. Ils sautillent ou marchent d’un pas balancé. Black bad boys. Certains plus téméraires et intéressés m’approchent pour voir si je ne lâcherai pas un truc comestible, en chemin. Quand mon phone sonne dans ma poche. Pas loin d’un piano-droit laissé à discrétion dans la parc. Image de ma nièce sur le phone. À cette heure, ma nièce qui m’appelle, c’est forcément… grave.

Ma soeur, autre espace autre temps. Même sort.

Ma soeur, autre espace autre temps. Même sort.

Souvent je ne décroche pas. Et surtout pas, quand encore dans mon sas. Question de sécurité. D'équilibre et de balancier sur le fil. Ne pas tomber quand je traverse. 

 

Mais, c’est ma nièce... Alors je décroche (curieux ce verbe qu’on utilise encore, alors que plus rien à décrocher d’un combiné qui n’existe plus). J’écoute. Elle pleure. Après avoir compris l’essentiel de l’info, je ressens mille difficultés à dire deux mots pour faire un début de phrase. Avec dedans - je voudrais tant y arriver - un semblant de consolation. Je raccroche (là, le verbe peut coller).

 

Je m’assois sur le bord de la pièce d’eau. D’un coup, en peine à trouver mon souffle. Avec une sorte de vertige qui m’a pris. Je suffoque. Je me concentre sur ma respiration. Respirer. Sortir de mon apnée parisienne, un instant. Je regarde l’eau. Je sais que j’ai besoin de regarder l’eau. Pas beaucoup de fond, d’écume et de courant. Mais je n’ai que ça à me mettre sous les yeux. Un couple de canards m’approche. Il m’approche vraiment, à portée de main. Ils attendent. Pareil que le corbeau, le canard espère du comestible qui pourrait sortir de mes poches ou d’un chapeau magique. Ou autre chose…

 

Un enfant qui a vu les 2 canards court dans ma direction avec pour cible, les volatiles. Et, il les fait fuir. Agitation d’ailes et d’eau. Encore mes yeux trempés. La vue de l’eau ?

La Bretagne avant que j'existe, visitée par mes géniteurs posés sur la coiffe.

La Bretagne avant que j'existe, visitée par mes géniteurs posés sur la coiffe.

Debout, souffle retrouvé. J’enchaîne de grandes inspirations expirations. Je regarde les canards, les corbeaux. Et soudain, me reprend cette idée de m’envoler, me tirer d’ici à tire d’aile, ailes blanches d’ange ou noires de corbeaux, ou celles d’un fou (de Bassan)

 

Le fou est d'un gabarit plus dans ma taille à penser, ma pointure de rêve.

 

Me dis que tout m’ira qui m’arrache de cette attraction terrestre et de cette loi d'une gravitation universelle. Pesanteur. Pas que du kilogramme, c’est une autre pesanteur qui me cloue dans la tête. Ciel mer ou autre chose, qu’importe le support de ma libération. Comme en Art (à mon idée), le support n’importe pas de l’instant où je trouve l’envol.

 

Je me dirige vers mon bureau. Je rentre. Ouvre. M’assois. Et puis je ne peux pas. J’étouffe à nouveau. Je dois quitter ce lieu. J’explique vaguement à J, seule présente. Elle comprend, embarrassée. J’embarrasse souvent ces dernières années. Besoin de marcher. Entre-temps, re-phone et mon frère qui me répète l’info. Je ne suis pas plus bavard. Je dois marcher. Je sms l’info à mon épouse et j’ajoute que je vais marcher. Rue Vouillé puis je remonte vers Montpar, en m’approchant des rails. Je traverse par-dessous et prends la rue Vercingétorix. Chemin vert. Une ambulance prise dans un embouteillage hurle. Un train qui passe, qui va droit vers ma plage fétiche. J’essaye de m’imaginer là-bas. Je n’y arrive pas assez. 

Avec mes photos élimées, trace et mémoire intimes, je m'acoquine assurément avec le travail d'un Boltanski.

Avec mes photos élimées, trace et mémoire intimes, je m'acoquine assurément avec le travail d'un Boltanski.

texte qui panse.

Je croise une église. Laide. Sa laideur massive m’arrête. Dédié au « travail », fin 19ièm, à cette époque où le capitalisme et un nouveau pouvoir invente son univers avec son nouvel esclave sous perfusion d’illusions. Je rentre, pour voir. Dedans, étonnant. Eiffel est passé par là. Un squelette de métal comme la tour ou les ponts ou les halles démontés. Un clochard pionce au dernier rang. Son odeur âcre me prend le nez. Il ronfle avec entrain.

 

Je m'échappe du métal et de l'odeur. Sorti, je me dirige vers la gare. Envie de croiser du peuple sur le départ, en transhumance.

 

Sur place, je fixe le panneau des départs. Je vois Brest, ici et qui se répète plus bas. Un train à quai de dispo et je vais sur ce quai. n°4. Je regarde les gens monter avec leurs valises, se précipiter, ou pas. Je vais prendre ce train, jusqu’à Brest. Prendre un bateau, pour une île que depuis longtemps je dois voir, sentir. Ouessant.

 

Et puis, le « qui voit Ouessant, voit son sang » est tellement de circonstance. C’est une évidence. Monter dans ce train.

 

Mais, non, un homme me bouscule. Je dérange devant la porte, là, indécis, lunaire, gauche. Je m’écarte pour laisser passer. Je m’écarte à ce point que je quitte le quai, la gare, mon idée d’île et de fuite vers ce que je suis. Je reste en dehors, nulle part, avec ma pesanteur. Au fond de rien.

 

Je reprends ma marche. Je veux plus d’eau. Beaucoup plus. Remuante qui bouge qui courre. Je veux m’asseoir sur un banc en bord de seine. Là où les arbres - des bouleaux - sont couverts de morsures de canif. Grafitti d'amoureux ou touristes. Initiales en pagailles en cages dans des coeurs qui saignent l'arbre. Quelques rebelles noyés dans le surnombre. Dehors pas loin de la tour, derrière un abri bus, je vois un autre volatile.

texte qui panse.

Qui ne bouge pas. Pigeon qui ne volera plus. Mort. Que je crois d’abord mort. Même pas mort ! Sa tête bouge encore. Ses yeux ont dû me capter. Panique. Et il ne peut plus s’envoler. Quelle poisse ! Collé au bitume. Je m’en veux d’être là. Et puis, je veux être là. Je me baisse. Tout doucement. Je lui caresse le cou, très doucement. Il semble s’apaiser. Enfin, que mon impression. Et mon désir. Je lui vole de sa peur, qui me prend le ventre. Mal au bide. J’imagine.

 

Fuite de pensées. Superpositions d'images et de mémoire, de rêve et de cauchemar. Embrouillé. Egaré dans des espaces et des instants, morceaux cassés du temps qui me tranchent trop net le gras de ma raison. Je perds pied. Et quelques racines... Je vacille. Et me voilà assis en tailleur sur un trottoir crasseux auprès du pigeon. Ma tête danse. Ivre de peur, pour lui, elle. 

 

Je me disperse : 

ici, qui tient la main de ma sœur,

là, celle de ma mère.

Quand elles s’accrochent à moi, à la vie,

comme un nuage dans un ciel bleu.

S'évapore, s'éparpille

manque d'eau.

 

 

texte qui panse.
texte qui panse.
texte qui panse.

Où peut-on encore s’accrocher ? La pesanteur aurait du bon ? je ne sais pas. Je veux tellement rassurer ce pigeon qui agonise. Lui donner un peu de ma douceur avant qu’il quitte la vie. Je sais bien, tellement bien, que je peux si peu. Et que cela ne me suffit pas. Ne peut pas me suffire. Je me sépare de cet oiseau. Je me lève avec difficulté. Engourdi. Pas dégourdi. Loupé. 

 

Pour en retrouver d’autres, sur mon banc en bord de Seine.

 

Là, je suis des yeux le vol d’une mouette. Un bateau, mouche. La mouette me transporte sur mon bord de mer. Son plumage d’été en place, tête grise. Espèce que je fréquente plus, depuis longtemps. Corbeaux canard mouettes fous et anges. Et ce pigeon prisonnier de la pesanteur. Journée où une info de trop me fait voler dans les plumes. 

texte qui panse.
texte qui panse.

Abri nucléaire, bras de l’autre, un crucifié ressuscité ou l’attente d’un paradis plein de vierges pubères, ou fuir ou disparaître, chacun, chacune, trouve sa réponse face au danger, à la peur, quand oppressé, paniqué, mal, désespéré. Perdu. Une solution d’urgence.

 

Dans ma trousse à outils, je fouille : une plage sur la côte de Penthièvre, peindre, les mots. Je sors mes mots. Que ça en surface, accessibles. Vertige à la tête, vide, poignardé par un courant d’air, glacé. Je panse plus que je ne pense.

 

Petit garçon qui pleure sa maman...   

texte qui panse.
Tag(s) : #Egarements sous contrôle

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