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Je voulais 4 « P » (référence à mon livre « je vais changer » en cours de re-traitement et qui me trotte donc en tête)

Je voulais 4 « P » (référence à mon livre « je vais changer » en cours de re-traitement et qui me trotte donc en tête)

Chapitre 1 – Pôle emploi :

 

Tout près que je pète les plombs. Me voilà encore en bisbille avec pôle-emploi qui se refuse à me verser le moindre sous (même si mes droits valent peau de chagrin). Pourquoi pas ? Déjà que l’Education Nationale avec son employé qui juste avant son congé maladie range mon dossier en fond de pile, m’inspira une nouvelle lecture de Kafka-Dosto. Oui, mais j’insiste, car je veux comprendre parce que reçu de peu que si, en fait, j’avais ce droit à une ration de sous quotidienne. Donc je me déplace à nouveau. J’adore l’ambiance. La queue - le mélange des misères des chagrins et des échecs - de comète d’une humanité à la traîne. Et encore des resquilleurs dans la file. Un homme en noir essaye de faire la loi, ou le tri, timidement. Quand il entend mon nom – je dialogue de loin avec une aide derrière son clavier à qui je demande s’il ne serait pas possible de prendre RV avec ma conseillère attitrée, j’ai son nom, et que je n’ai pas eu le loisir de rencontrer depuis mon inscription de début septembre. Oui, c’est possible, peut-être en janvier – il s’approche de moi. Je vais vous fictionner un peu le dialogue car je ne me souviens pas des termes exacts. Néanmoins, j’en préserve l’idée ou l’esprit.

- C’est de chez moi ça, le nom. Votre nom.

- Ah bon ?

- Oui. Il y en a plein.

- Vraiment !

Je m’étonne. Parce que je sens que l‘homme n’est pas viking ou ch’ti, mais plutôt du sud.

- Et vous êtes natif… ou d’origine, d’où ?

- Côte d’Ivoire.

- Côte d’Ivoire, je… si loin.

Je me disais aussi. Pour le nom, plus avant dans la conversation, je découvre qu’il y a erreur sur 2 lettres. Pas si loin tout de même, et je lui dis que peut-être, finalement, pourquoi pas ? Et vite - comme je sais si bien faire – je m’imagine cette descendance improbable, une histoire, un voyage. Petit à petit, ma peau qui s’éclaircit et mon cœur qui noircit avec la tête qui se la pète. Au fil des générations… Après, juste ce temps d’élaborer les bases de ce voyage - environ une heure d’attente - c’est mon tour dans la file et le monsieur, un pro très sympa, qui me débloque une fois de plus ma situation… jusqu’à la prochaine fois.

 

Je sors un soupçon énervé. Comme souvent au sortir de cet endroit. Mais content de ma rencontre avec un lointain parent, peut-être. Un parent pas bégueule qui me reconnait, malgré la grosse différence. Et je marche, beaucoup, ma thérapie mon remède, ma façon de fuir dans ma tête et au physique, cette idée d’impasse qui me taraude sévère. Heureusement, je cible le bord de Seine où s’expose Poliakoff, Serge. L’un des peintres préférés de mon papa (avec Braque, et Gris), il me semble me souvenir.

Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.
Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.

Chapitre 2 – Expo Poliakoff et, Papa.

 

Au MAM (Musée d’Art Moderne, rue du président Wilson jusqu’au 23 février. Titre : «  le rêve des formes ». Encore du "rêve" (vous avez remarqué, bien sûr !)

 

1900-1969, né Russe (à Moscou) et mort français (à Paris). Nationalité française obtenue en 1962. À un ami dans la rue, ce jour-là, il crie « moi comme toi : french »

 

La dernière vraie expo du peintre, sans lui, c’est 1970 au palais de Tokyo, juste un peu plus haut que là où je me trouve. Me demande, depuis, si j’ai vu celle-ci, si j’ai accompagné mon père qui sûrement n’a pas du loupé ça. Depuis, du Poliakoff, j’en vois avec parcimonie, musée, ou la FIAC et ses fonds de tiroirs. Voir Poliakoff dans un livre, pure hérésie. Donnera qu’une petite idée, et parfois très mauvaise idée (Et je pourrais dire cela aussi pour mes travaux). D‘ailleurs, je conseille : pour qui veut voir et comprendre enfin que la peinture n’est pas une image, la tentative idiote d’une copie imparfaite de la nature, cette exposition aide beaucoup. Poliakoff, musicien, aimait dire le silence de sa peinture. L’expo aide à mieux « entendre » cette idée, abstraite. Très belle exposition à ne pas louper.

 

À noter : Beaucoup de tableaux de collectionneurs privés. Suisse et Allemagne en tête.

Photo interdite, mais, je vole cette image.

Photo interdite, mais, je vole cette image.

Le personnage et sa vie :

Russe blanc le 13ièm d’une famille (Kirghise, genre tradition où son papa enlève à sa famille sa maman, à dada) qui élève les chevaux pour les cosaques.  En 1918, le jeune Serge fuit la révolution sous un train (oui, dessous pendant tout le voyage) et quitte à jamais ses parents. Blessure. Maman adorée qui lui faisait aimer les icônes. Cinq années de dérive avant Paris. Dandy qui épouse Marcelle, un morceau de Lloyd rencontrée au « Poisson d’Or » (chacun sa sirène) et, pioche dans sa culture un ordinaire tsigane (un oncle) pour en vivre très longtemps avec sa guitare. Vit dans un hôtel (le Vieux-Colombier) une bonne partie de sa vie parisienne. Il apprend la peinture d’abord à Paris dans des lieux très académiques (Frochot), puis Londres (La Slade School of Fine Art), puis chez Delaunay. Des expos, mais pas assez de reconnaissance pour en vivre sans guitare. Avant qu’une galeriste (Denise René) le rencontre (1937) . 1er vraie expo aidé par son compatriote Kandinsky.  (1952) et l’expo à la galerie Bing le dévoile tout entier, confirme l’attrait qu’il suscite maintenant chez les nantis.

 

Dès que plein aux as, le russe s’achète une Rolls avec son chauffeur en pingouin, et puis, des chevaux de course. Son dada d’enfance. Aime faire peur « comme Staline » aux jeunes vendeuses de couleurs. Aime faire semblant de ne pas comprendre et parler mal ou à côté, un français qu’il maîtrise. « la France est un pays merveilleux quand on ne comprend pas tout » Epicurien et passionné. Malicieux et manipulateur. Il aime se taire, entre la musique et la peinture.

 

Pas d’atelier (comme mon père qui squattait tout l’appartement) peignait dans le salon. Il peut garder la cravate sous son tablier. Dans son lien avec le lieu où il crée, très loin d’un Francis Bacon ou Paul Leroy et, plus près de René Magritte. Mais à mon sens plus noble que bourgeois avec ce truc gipsy qui lui traîne toujours dans la tête, doublé d’un « non sens » british qu’il a volé en route. Dès qu'il lâche les brosses pinceaux et couleurs, beaucoup de passage à la maison, des amis de toutes sortes avec des chansons pour finir. Et sa petite famille à son service, très serrée autour de lui, il fait l’astre autour duquel tout doit tourner, rond si possible. Son épouse l’idolâtre et se bat becs et ongles pour installer aux cimaises le travail de son époux. Elle va y arriver.

 

Tout ça, bien entendu, me rappelle là encore, la bohème que j’ai traversé dans ma jeunesse et le papa solaire. Ses soucis, sa bonne humeur avec ses remous et ses tornades. Sauf que chez moi, tout a mal fini.

 

Poliakoff très sûr de lui, de son instinct, n’empêche, il envoie sa femme avec un tableau sous le bras dont il est fier, chez Kahnweiler, le très fameux galeriste. Ce marchand qui ne se trompe pas demandera à revoir ce travail plus tard en affirmant à son sujet, son vif intérêt. Poliakoff trouve là cette dose de confiance pour le rassurer à presque jamais d’un chemin de vie, juste. Le voilà super dopé pour peindre librement.

 

Oui oui ! Je rêve de ça, de la bonne dose, du bon produit. La chimie de mon sang en manque, me brouille l’esprit. 

Repros de repros, pas beau, juste pour esquisser le truc.
Repros de repros, pas beau, juste pour esquisser le truc.

Repros de repros, pas beau, juste pour esquisser le truc.

Sa peinture :

Peintre sensuel, poétique, organique, joue des  matières, du feu et de la terre.

 

« l’œuvre doit participer de la forme organique afin de demeurer vivante » Palette douce, d’ocres et de rouges, du cramoisi et des terres, lumière d’un orange ou d’un jaune. Peu de pigments comme Monet ou d’autres qui savent créer de l’infini avec peu (pas plus de 9 ?). Bleu et vert plus rares ou allusifs. De l’élégance dans la composition. Superposition de couches de pigments broyés presque purs ou pas, donne une profondeur, surface vibrante « éclairée d’une lumière intérieure ». Un glacis revisité, inspiré des icônes (dit-on).

 

Le support, parfois une toile tissée gros, genre mélange chanvre-lin (qu’on ne trouve plus actuellement, mais sur lequel je peignais encore à mes débuts). Pas au point de celle de Gauguin. Rectangle le plus souvent. Pas d'audace dans le format ou le support, et le geste. Aucune envie de faire son Pollock. Il s'adapte à son non-atelier et peint exclusivement sur chevalet. A bien comprendre que l'espace et le geste, le matériau et les outils, tout l'environnement et ses détails, déterminent pour une grande part ce que va être la peinture.

 

Formes avec bordures aléatoires, un « vert au cercle rouge » pas rond. Il mord, bave, déborde, rechigne à tracer net. Quelques lignes encore avant 1950 qui vite disparaissent. Après 1950 des constructions plus lâches dans lesquelles les formes, parfois, éclatent. En 1954, une série que j’aime particulièrement, dont la "composition en rose". Il met du blanc, il écrème autour d’une forme saturée, en inscruste. Un centre pas forcément centré, forme de couleur forte, clé de voûte qui articule et ordonne les blocs autour. Equilibre tectonique. Sur sa planète. Une forme qui puzzle les autres volumes.

 

Papa a dû adoré tout ça.

 

Vers la fin, 1968, Poliakoff fait le jeune. Il donne dans le plus grand format (mais pas tant que ça, car toujours pas d’atelier genre usine d’Anselm Kiefer ou de Jeff Koons, pour rester dans le K) et la simplification. Qu’une étape vers… ou erreur, ou… enfin, on ne le saura jamais. 

Expo permanente et quelques images, avec 2C : De Chirico et Chaissac
Expo permanente et quelques images, avec 2C : De Chirico et Chaissac

Expo permanente et quelques images, avec 2C : De Chirico et Chaissac

Poliakoff et les autres peintres :

 

Peu de rapport avec les abstraits Kandinsky (« l’ingénieur peintre » pour Serge) et Klee… et leurs propres interactions avec la musique. Pourtant, pas de doute, Poliakoff est étanche. Il éponge absorbe et apprend sans discontinuer. Même si lui se pense comme un « lion » qui « chasse seul ». Je vois ici ou là, surtout dans ses gouaches qui sont un laboratoire, brouillons et exercices de styles, par petite pointes ou grosses tranches du Delaunay Malevitch Freundlich Turner, Jacques Villon, Estève (qui énervait mon père, car trop de facilité et de séduction) etc.

 

Non. Je pense que ne relève pas des expressionnistes abstraits made in USA qui a la même époque inondent le marché de l’art et du coup, volent la vedette aux abstraits français qui tout juste fond leur trou (surtout Rothko, et sa vibration…) Je vois chez Poliakoff comme chez Rothko, cette même envie de piéger la lumière, même idée d’une sonorité fossile, la trace et une onde fantôme, un développement spirituel de la matière.

 

(Enfin, qu’une impression, très intime, parce que totalement incluse dans mon travail perso. Et, devant Poliakoff, comme cet écho qui vibre en moi. Relayé par mon père. Ce lien, bien installé. Un fantôme de matière que nos sens maladroits peuvent percevoir, jusqu’à l’émotion. Une émotion hors norme, hors cadre.)

 

Sinon, aucun doute, Poliakoff est slave. Russophile à la Dosto. Insatisfait et joueur. Une approche passionnée et désordonnée, mélancolique et d’une poésie… qu’on ne pourrait pas prononcées et, à peine peindre.

 

Heureux de savoir que Poliakoff considérait que la « monumentalité » d’un travail ne se situait pas dans le format, mais dans le travail à proprement parlé et peint. Idée (ou évidence?) tellement absente des têtes de nos artistes-financiers ou/et marchands actuels.

Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.
Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.

Projection en boucle d'un film sur Poliakoff et Cie, de 2004, avant la sortie d'expo : à voir.

 

Donne une excellente vision de cette époque d’après guerre et de l’abstraction parisienne (Atlan, Hartung, Soulages etc). Critique américain Adam Brooks à côté de la plaque. Dina Vierny quand galeriste (ancienne poseuse, modèle pour artistes, on imagine plus) Rezvani, ami du peintre. Alexis le fils et Marie Victoire sa petite fille devenue galeriste. Voir Poliakoff et son tenu de clope, entre pouce et index. La guitare jamais loin. 

 

Anecdote-allusion pas fine : les plagistes Cavalero, de Nice, deviennent galeristes et ont du nez en achetant gros du Poliakoff à ses débuts.

Expo permanente. Je l'avais oublié ce Pascin (je crois. Merci de me confirmer ou infirmer) Enfin, beaucoup de tableaux nouveaux depuis ma dernière visite. Et moins d'autres (comme les  Soutine, disparus)

Expo permanente. Je l'avais oublié ce Pascin (je crois. Merci de me confirmer ou infirmer) Enfin, beaucoup de tableaux nouveaux depuis ma dernière visite. Et moins d'autres (comme les Soutine, disparus)

Conclusion Poliakoff :

 

Je lâche une petite larme (bon ! C'est vrai. Je l'ai facile en ce moment, des fuites, un truc à vif qu'un rien chatouille à la source, d'où le psy) assis près de "l’iconostase". Pas à cause de cette composition « tempera » de papier huilé marouflé sur toile, plutôt à cause de l’ensemble et de ce qui remonte à la surface. Ma sœur, pas loin (beaucoup moins loin que mon frère... perdu dans les limbes des affaires et du déni). Elle, dedans, sourit pour cette larme qui m’échappe et lui échappe. Elle tient la main de son papa qu'elle adore, qu'elle admire. Notre artiste et dictateur très intime. Nous sommes tellement ensemble. Une trace mouillée dans ma mémoire.

 

Et juste là, je sens combien la mer me manque. Et je ressens, ici, comme une infinie solitude… que je ne ressens pas quand je traine sur mon bord de mer, perso. 

Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.
Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.
Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.

Chapitre 3 – le Psy :

 

(censuré) … me confirme mon idée d’impasse. Tout m’y colle. De sens, sans issue. Qui me danse la tête et les mots jusqu’à l’épuisement de tout mon être. Ma première psy-femme me sauvera-t’elle de moi ? Ai-je tellement envie - plus que ça - de me sauver ?

 

Peut-être une nouvelle école dans mon CV ? J'attends un 2ièm RV puis décision.

Peut-être une nouvelle école dans mon CV ? J'attends un 2ièm RV puis décision.

Dans la rue, pause mode et un plein aux as, qui se gare n'importe comment.
Dans la rue, pause mode et un plein aux as, qui se gare n'importe comment.

Dans la rue, pause mode et un plein aux as, qui se gare n'importe comment.

Chapitre 4 (improvisé) :

 

Info Noël,

rue du Pélican 75001, très jolis chapeaux ici et un peu plus loin, très joli travail avec du carton, des objets originaux et tout à fait cadeaux.

 

Aussi, la galerie FLAQ au 38 rue Quincampoix 75004, pas mal. Pour un cadeau artistique atypique.

 

 

Ciel fissuré.

Ciel fissuré.

À venir, toujours en tête et brouillon cette histoire de Dosto, pQf ou pas. Sur ARTE justement, une série un peu branque sur une partie de sa vie, juste quand je viens de finir sa bio. Je fouille. Je fouille. Extraction de traces dans leurs gangues. Besoin de signes, clairs et flous, dans ma vie.

Expo Poliakoff et Papa, Pôle-emploi et ma Psy.
Tag(s) : #Art actu

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